Interview Laurent Babikian CDP Europe
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L’investisseur a une très grosse responsabilité pour réaliser les accords de Paris
Interview de Laurent Babikian.
Interview de Laurent Babikian, Director Investor Engagement, CDP Europe - Progressivement, le changement climatique devient un enjeu majeur en matière d’investissement. Entreprises et sociétés de gestion se mettent au diapason sous la pression d’investisseurs engagés, d’agences de notation et d’organisations spécialisées. Laurent Babikian, directeur pour l’Europe de l’engagement avec les investisseurs du CDP, l’une des plus importante d’entre-elles, nous explique l’importance des enjeux.
Qu'est-ce que le CDP et quelles est sa mission ?

CDP est une organisation non-gouvernementale britannique dont le siège est à Londres. Dotée en 2017 d'un budget de 18 millions de livres sterling (pour moitié financée par la philanthropie, le reste par la vente de données), elle emploie 250 personnes et intervient dans les grands pays émetteurs de carbone à partir de 8 centres régionaux, dont les plus importants sont New York et Berlin. Depuis quinze ans, nous avons constitué la plus grande base « corporate » environnementale au monde. Chaque année, nous réalisons une enquête auprès des plus grandes entreprises de la planète (6 300 en tout) pour évaluer leur impact sur le changement climatique. Mais ce qui fait notre originalité, c'est que nous mesurons également leurs effets sur la gestion de l'eau et la déforestation.

Nous attribuons une note aux entreprises qui mesure leur performance dans le programme concerné : quelle est leur stratégie pour un monde décarboné, comment elles se mettent en conformité avec les accords de Paris, quels sont leurs objectifs d'atténuation de carbone, etc.

 

Combien d'entreprises suivez-vous actuellement ?

En 2017, 2 450 entreprises[1] ont répondu à notre questionnaire sur le changement climatique, 720 à celui sur l'eau et 220 pour la forêt. Pour la France, ces chiffres sont respectivement de 95, 24 et 10. Peu d'entreprises – un peu moins de 200 – répondent aux trois questionnaires.

 

Comment les persuadez-vous à répondre à vos enquêtes ?

Nous avons 650 investisseurs signataires du CDP (banques, compagnies d'assurances, sociétés de gestion…). Ils nous donnent un mandat moral pour demander aux entreprises cotées de faire un reporting environnemental chaque année. Par exemple, dans le domaine du changement climatique, nous  avons envoyé notre questionnaire aux dirigeants de 5 800 entreprises avec la liste de nos investisseurs signataires. C'est souvent une incitation forte à nous répondre.

 

Qu'est ce qui motive ces investisseurs ?

Ils ont compris qu'il fallait de la transparence sur le marché. Notre rôle est d'apporter la donnée environnementale la plus fine possible aux investisseurs pour qu'ils puissent mener leur analyse du risque extra-financier et comparer les sociétés de pays très différents. Les notes vont de A à D-. Les entreprises qui n'ont pas répondu ont la note F (Failure to participate). Cela se sait puisque les notes sont publiées sur le site du CDP. Par ailleurs, nous demandons aux investisseurs signataires d'intervenir auprès des entreprises qui ne répondent pas. Avec un certain succès puisqu'environ 20 % des entreprises non-répondantes que nous sollicitons remplissent le questionnaire l'année suivante.

 

Les investisseurs traitent ensuite les données que nous leur fournissons et adaptent leur politique d'investissement en fonction des résultats. Ceux-ci leur servent également à interroger les entreprises sur leur stratégie en matière de changement climatique, de gestion de l'eau et de déforestation. Une grosse société de gestion européenne va prochainement lancer un fonds notamment basé sur les notes CDP. Pour un investisseur intéressé par l'investissement socialement responsable (ISR), ces notes sont un signal important qui l'aide à se conformer à l'article 173 de la loi sur la transition énergétique (voir encadré).

 

Euronext vient de lancer le « CAC40 de l'environnement ». De quoi s'agit-il ?

Cet indice a été créé à l'initiative et à l'usage de Goldman Sachs et se base sur les données du CDP. Par rapport à l'indice Euronext Low Carbon 100 qui existe déjà, cet indice - Euronext CDP Environment France EW – innove en intégrant la gestion de l'eau et des forêts dans la sélection des 40 meilleures sociétés qui le composent, en plus du bas carbone.

 

Il est important de comprendre que la note que nous attribuons ne concerne pas seulement les efforts des entreprises mais aussi ceux de toute la chaine d'approvisionnement. L'Oréal, qui est l'une des deux entreprises à être notée A dans les trois catégories, impose à ses fournisseurs de respecter des minima environnementaux. D'où un effet d'entraînement monumental et extrêmement vertueux. Nous analysons aussi 500 fournisseurs stratégiques à la demande de Wal-Mart qui vient d'être agréé 2° C par l'initiative Science Based Targets (SBT)[2].

 

Est-ce que les indices environnementaux affichent de meilleures performances que les traditionnels ?

De plus en plus souvent. Les entreprises vertueuses en matière environnementale surperforment la moyenne de la Bourse. Par exemple, la société suisse d'indices Stoxx a un indice, le Global Climate Change Leaders qui surperforme de près de 25 % l'indice Stoxx Global 1 800 depuis 2012. Plus les investisseurs vont voir ce type de graphiques, plus ils vont être incités à investir dans ces entreprises-là.

 

sgcc 

 

Après les entreprises, vous vous lancez maintenant dans la notation des fonds.

En effet. En partenariat avec ISS Climate, nous avons lancé Climetrics, la première notation de fonds qui permet aux investisseurs d'intégrer l'impact climatique dans leurs décisions d'investissement en utilisant notamment les notes entreprises du CDP. Par conséquent, le CDP note également les fonds de ses propres investisseurs signataires mais aussi d'autres bien entendu. Sur 10 000 milliards d'euros de fonds actions et obligations en Europe, Climetrics note déjà des fonds représentant un montant total de 3 000 milliards d'euros. Dans un premier temps, nous commençons par l'Europe. A ce jour, nous notons 630 gérants d'actifs et près de 3 700 fonds. Il s'agit d'une véritable innovation. C'est la première fois au monde qu'il y a une notation transparente et indépendante qui mesure l'impact climatique d'un fonds d'investissement (actions, obligations d'entreprises ou mixte).

 

Quelle est votre méthodologie ?

D'abord, pour que nous puissions noter un fonds, il faut qu'au moins 60 % des actifs sous gestion soient notés par le CDP. Autre condition, le fonds doit avoir une taille d'au moins 150 millions. Climetrics note les fonds en utilisant une combinaison unique de critères passés et futurs. La notation est élaborée à partir de trois niveaux d'analyse :

  • la stratégie d'investissement  du fonds et son respect des principes de l'investissement responsable (5 %)
  • le score de la société de gestion avec l'intégration du changement climatique dans la gouvernance et les décisions d'investissements (10 %)
  • le score du portefeuille du fonds avec l'analyse de l'impact climatique de chaque société qui compose le portefeuille (85 %)

La note finale est symbolisée par une feuille verte pour les fonds avec la note la plus basse ; cinq pour les meilleurs. Un fonds qui a cinq feuilles a commencé à faire sa transition vers une économie bas carbone. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il est aligné sur 2° C. Mais cela donne un excellent signal à un investisseur privé soucieux d'investir pour le bien de la planète. Il sait qu'il peut s'orienter vers des fonds à quatre ou cinq feuilles.

 

Où peut-on trouver la liste de ces fonds ?

Actuellement sur climetrics-rating.org, yourSRI.fr et, très bientôt sur OPCVM360.com en France. Notre but est d'être sur le plus de plateformes possibles. Il faut faire monter le buzz pour inciter les gérants à utiliser ces feuilles dans leur communication commerciale. Il faut donc susciter une demande de la part des institutionnels et des investisseurs particuliers. D'ailleurs, j'encourage très vivement tous vos lecteurs et membres à demander à leurs conseillers en gestion de patrimoine la note Climetrics de leurs fonds.

 

Est-ce que l'environnement est favorable à cette thématique d'investissement ?

Très, en particulier en France qui est le pays le plus avancé sur les thématiques environnementales. Récemment, la Banque postale a promis que les 220 milliards d'euros de sa gestion d'actifs seront conformes aux principes de l'investissement socialement responsable (ISR) d'ici à 2020. Tous les jours, il y a un gérant d'actifs dans le monde qui fait ce type d'annonces.

 

Le fond du problème est que nous ne sommes pas en situation de réaliser les accords de Paris. Il y a une urgence climatique dont les gens ne se rendent pas compte. Il va donc falloir faire beaucoup plus en beaucoup moins de temps. C'est-à-dire beaucoup plus d'efforts. C'est là que les investisseurs ont un rôle essentiel à jouer. S'ils bougent dans le bon sens, l'entreprise bougera pour rester dans l'univers des actifs éligibles. L'investisseur a une très grosse responsabilité pour réaliser les accords de Paris.

 

Article 173

L'article 173 de la loi sur la transition énergétique du 17 août 2015 définit les obligations d'information des investisseurs institutionnels concernant leur prise en compte des paramètres environnementaux et sociaux. Il s'adresse à plus de 840 investisseurs institutionnels qui sont donc désormais tenus de publier avec transparence leur intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs opérations d'investissement. Ces investisseurs institutionnels rassemblent les différentes mutuelles, sociétés de gestion, banques et compagnies d'assurance qui sont maintenant soumis à la même obligation de transparence.

 

Cet article fait de la loi TEE la première mondiale à inciter les investisseurs institutionnels à publier le reporting ESG de leurs activités. Ils devront indiquer la part verte de leurs portefeuilles, mais aussi la contribution de leurs investissements dans la lutte contre le changement climatique et la favorisation de la transition énergétique. Il s'agit d'une innovation législative de premier ordre pour l'investissement responsable qui valide l'obligation pour les investisseurs institutionnels de communiquer sur leur gestion du risque climat et de la part carbone de leurs portefeuilles. Les sociétés sont aussi concernées. Elles doivent déclarer dans leur rapport annuel les risques financiers liés aux effets du changement climatique ainsi que les mesures adoptées pour les atténuer.

 

 

[1] La différence entre les 6300 et les 2450 vient des entreprises qui répondent au programme Supply Chain

[2] Initiative du CDP, du UN Global Compact, du World Resources Institute et du WWF visant à mobiliser les entreprises pour qu'elles alignent leurs émissions à effet de serre sur l'objectif de 2° C.

 

 
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