La chronique cinéma de novembre 2015
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La chronique cinéma de Valérie BOAS
Il y a les séries qu'on aime et celles qu'on aurait pu regarder. Puis un jour il y a... The Affair

Une liaison extra conjugale. Franchement, peut-on imaginer un thème plus rebattu, élimé, usé jusqu'à la corde? Que peut-il y avoir de nouveau à dire là-dessus? Et pourtant...

Un homme, une femme. L'été. La moiteur de la petite station balnéaire de Mohauk, dans les Hamptons, à un jet de pierre de New-York. Lui, Noah Solloway, professeur et écrivain, mari épanoui et père de quatre enfants, quittant son brownstone de Manhattan pour prendre ses quartiers d'été dans la villa de ses beaux-parents. Elle, Alison Lockhart, fille du pays, mariée à un autre enfant du cru. Serveuse dans un restaurant pour touristes et bizarrement triste et paumée.

Vous aurez beau vous attendre à la liaison passionnée, torride et orageuse entre Alison et Noah, je vous fiche mon billet (ce billet, donc) que dès le deuxième épisode, vous allez vous retrouver dans un état de dépendance avancée, que seule la vision compulsive des dix épisodes qui composent la saison 1 pourra calmer.

Pourquoi? Ou plutôt comment? D'abord grâce à la méthode narrative. Chaque épisode est divisé en deux : 30 minutes pour le point de vue de Noah et 30 minutes pour celui d'Alison. Et c'est diablement efficace. Elle s'éclipse, il imagine qu'elle fuit, elle doit simplement honorer une dette. Mais quelle dette, au fait? Et paf, une autre piste s'ouvre. Il la voit aguicheuse, elle se veut réconfortante. Mais n'aurait-elle pas, tout de même, quelque chose à se faire pardonner? Plus tard, il prend une douche sur la plage pour se débarrasser du sable son dos, l'image de son corps d'homme presque nu la hante jusque dans son sommeil. Trois plans. Deux regards. Waow.

Si ces malentendus et ces moments de grâce forment peu à peu l'ossature de la relation qui se tisse entre Noah et Alison, ils passent pourtant au second plan pour nous, spectateurs. Car bientôt  c'est l'âme des protagonistes, bien plus que leur corps, qui révèle leur vraie nudité. Blessures intimes, frustrations d'ego, complexes sociaux, rivalités familiales... À mesure qu'émergent les figures des conjoints des protagonistes, Helen Solloway et Cole Lockhart,  les conflits intimes s'amplifient. On vit cette "affaire" de l'intérieur doublement, alors que se donnent à voir, en arrière-plan, quelques rouages glaçants de la société américaine. Et pour finir de nous surprendre, une histoire de meurtre apparemment sans lien avec le reste (j'ai bien dit *apparemment*) entraîne le tout du côté du thriller.

À l'origine de ce tour de force, il y a d'abord une écriture d'une précision chirurgicale. Sarah Treem, la productrice de la série n'en est pas à son coup d'essai: elle fait partie du pool de scénaristes de House of Cards. Elle est aussi à l'origine de In Treatment (En Analyse), formidable série sur un psychanalyste en forme de récit à tiroirs. Pour the Affair, Sarah Treem a d'ailleurs travaillé avec Hagai Levi, producteur de Biotipul, la série israélienne dont est adaptée En Analyse, qui en connaît visiblement un rayon quand il s'agit de passer au grill les moindres recoins des âmes, la part sombre des esprits et leur liens avec le corps.

Ce double héritage (House of Cards et In Treatment), a sûrement aidé la petite chaîne Showtime à convaincre des acteurs de tenter l'aventure loin des networks. Peut être a-t-il été plus facile aussi, loin des contraintes d'audience, de faire le choix hardi de deux acteurs anglais épatants comme protagonistes: Noah est incarné par Dominic West (the Wire/ Sur Écoute) et Alison par Ruth Wilson (Luther). Et les seconds rôles ne sont pas en reste, de l'excellente Maura Tierney à Joshua Jackson, tous deux en époux trompés, aux machiavéliques enfants adolescents de Noah.

Comme toute série de qualité qui se respecte, The Affair s'enorgueillit aussi d'un générique hautement addictif, complètement étonnant dans son minimalisme et sa sophistication. La transe vocale de Fiona Apple, en plus d'être contagieuse, a le pouvoir de vous transporter illico sur la côte Est, vue sur la mer sombre et clapotis hoqueteux en prime.

Vous croyez peut-être naïvement que la série allait s'arrêter là, après une première saison qui démarre comme un drame sentimental et s'achève en thriller social? Eh bien non. Ce serait trop simple. Depuis un mois environ, la saison 2 a pris le relais. Son slogan: "there is four sides to every story". Autrement dit, ce ne sont plus deux, mais quatre points de vue qui s'entrelacent vénéneusement pour ensorceler les fans. Plus complexe, plus aiguë, mais tout aussi fine, osée et surprenante, cette nouvelle saison, diffusée sur Canal Plus depuis un mois, pour les abonnés, tous les mardis. Pour les autres, la saison 1 est disponible sur les plateformes de téléchargement, iTunes en tête. En intégralité pour ceux qui souffrent à la fois d'addiction et d'impatience. Suivez mon regard.
 


Valérie Boas est une professionnelle de la finance et une blogueuse cinéma. Retrouvez ses chroniques d'actualité sur son blog : http://theboboblog.wordpress.com

 

 

 
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