Le cinéma, un investissement rentable ?
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Chronique Cinéma de Valérie BOAS - Magazine Inform@ctions n°53 - Avril 2013
Le cinéma, un investissement rentable ?
Au mois de décembre 2012, Vincent Maraval, dirigeant de la célèbre société « Wild Bunch » lançait un pavé dans la mare via une tribune dans le journal « Le Monde » : les films français coûtent trop cher et les acteurs français, surpayés, s’enrichissent grâce à l’argent des chaînes de télévision, notamment les chaînes publiques, disait-il en substance. S’en est suivie une tempête médiatique faite de noms d’oiseaux, de contre-tribunes, de droits de réponse… et puis plus rien. La vie a repris son cours, les Oscars ont suivi les Césars et la poussière est retombée. Mais qu’en est -il exactement ?

Une industrie qui ne connait pas la crise ?

 

Le coup de tonnerre déclenché par Vincent Maraval a retenti dans un ciel plutôt calme : en 2012, après le CNC (Centre National du Cinéma et de l'image animée), le nombre total d'entrées en salles en France a atteint les 204 millions, un chiffre certes en recul de près de 6% par rapport à 2011, mais néanmoins très solide, notamment par rapport à nos voisins européens.

 

La part de marché des films français s'est établie à plus de 40%. Là encore, le résultat affiche un léger recul par rapport à une année 2011 exceptionnelle (portée entre autres par le score hors norme de la comédie Intouchables), mais elle reste tout à fait honnête et en tous cas, incomparablement supérieure aux performances respectives des cinémas nationaux des autres pays d'Europe dans leurs marchés domestiques.

 

Si les Français vont massivement au cinéma, c'est un peu grâce à la crise (le cinéma est un loisir accessible), et aux progrès de la technologie qui nourrissent la demande : 3D, numérique Mais s'ils vont voir des films français, c'est qu'il existe en France un système d'aide au financement de films unique au monde. Hérité de l'immédiat après-guerre, ce système, administré par le CNC, s'adresse aux producteurs français mais aussi aux distributeurs de films indépendants, c'est-à-dire essentiellement non-américains. C'est ce qui explique que la France soit le plus gros marché au monde pour les films français, mais aussi très largement pour les autres films destinés au marché international, hors films américains. Ce système d'aide n'est pas financé par l'impôt, mais par une taxe spécifique, prélevée sur les entrées en salles. Schématiquement, ce sont donc les blockbusters hollywoodiens qui alimentent une cagnotte dont bénéficient les films français.

 

 

La quête de rentabilité

 

Grâce à ces spécificités, il se produit en France chaque année plus de 250 films, et il en sort chaque semaine entre quinze et vingt, toutes nationalités confondues. C'est beaucoup, et c'est même trop par rapport à ce que le marché peut absorber. Du coup, fatalement, les échecs commerciaux ne sont pas rares. La chaîne d'information BFM TV a évalué à 86 % la proportion de films français qui n'ont pas été rentables en 2012. Mais qu'entend-on exactement par rentabilité ?

 

L'étude de BFM TV met en rapport les coûts de production (ceux nécessaires à la fabrication du film, de l'écriture du scénario à la livraison de la copie au distributeur) et l'ensemble des recettes générées par le film : entrées en salles, telles que mesurées par le CNC, mais aussi ventes aux chaînes de télévision, ventes et location de DVD, recettes de l'exploitation en vidéo à la demande, ventes à l'étranger. Un calcul nécessairement imparfait, puisqu'un film se rentabilisant dans le temps, toutes les recettes ne sont pas connues dès l'année de sa sortie en salles. De plus, les budgets de distribution (publicité, relations avec les exploitants) aujourd'hui conséquents ne sont pas pris en compte. Mais un calcul tout de même édifiant. Et si l'on s'en tient aux seules recettes de l'exploitation en salles, le constat est encore plus sévère : dans une étude publiée par l'hebdomadaire spécialisé Le Film Français quelques semaines après celle de BFM, il apparaît que pas une seule production n'atteindrait l'équilibre en 2012.

 

 

La qualité paye

 

Alors quels sont les films qui tirent le mieux leur épingle du jeu ? Pas facile d'établir une typologie tant on trouve de tout dans la liste. Mais une chose est sûre : produire un film à gros budget est un exercice risqué. Parmi les dix films français les moins rentables en 2012, huit ont coûté plus de cinq millions d euros. La première place revient tristement à Cendrillon au Far-West un dessin animé au budget de 11 millions, qui a peiné à dépasser les 22 000 entrées, alors qu'en dessous des 200 000 entrées un film est considéré comme confidentiel. Pourtant, un budget conséquent ne rime pas nécessairement avec un échec commercial. Ainsi, Les Infidèles, de et avec Jean Dujardin dont le budget atteint 11 millions d'euros, se hisse parmi les dix films les plus rentables et a attiré 2,3 millions de spectateurs.

Mais au-delà de leur budget que nous enseigne la liste des films heureux élus de la rentabilité ? D'abord, ce sont en majorité des comédies : Les Kaïra, film de jeunes réalisé par Franck Gastambide, Le Prénom de Matthieu Delaporte et Denys de la Patellière, avec Patrick Bruel, et Adieu Berthe de Bruno Podalydès formant par exemple le trio de tête.

 

D'autres genres tiennent le haut du pavé : le film d'animation est représenté par le beau succès de Kirikou (un million d'entrées). Le documentaire est très présent dans la liste, ce qui se comprend du fait de leur coût de production limité mais aussi de l'étonnante diversité et de la qualité des productions qui relèvent de cette catégorie. Ainsi Bovines, ou la vraie vie des vaches, revisite totalement le genre du documentaire animalier, Les Invisibles, émouvante collection de témoignages de personnes âgées vivant leur homosexualité au grand jour et Les Nouveaux chiens de garde, étonnante charge contre les médias dans la société de l'information.

 

D'ailleurs, c'est le point rassurant, le public français sait reconnaître la qualité. Parmi les films les plus rentables en 2012, Adieu Berthe et Camille redouble, respectivement en 2ème et 6ème place, sont aussi de petits bijoux de finesse et d'originalité. Le Prénom déjoue habilement les pièges du théâtre filmé tandis que Les Kaïra et Kirikou déploient suffisamment de créativité pour séduire au-delà de la jeunesse, leur cible première. Gagner de l'argent au cinéma est donc possible. Mais chaque film est un prototype, surtout en France o la force du cinéma indépendant  s‘accommode mal du formatage à l'américaine. Le moyen le plus sûr d être rentable reste aussi le plus simple : faire un bon film dans une économie de moyens raisonnable. Plus facile à dire qu'à faire. Mais le public, lui, ne s'y trompe pas.

 

 

Les dix films francais les plus rentables en 2012

 

Source BFM TV

 

 

 Valerie Boas est une professionnelle de la finance et une blogueuse cinéma. Retrouvez ses chroniques d'actualité sur son blog : http://theboboblog.wordpress.com

 

 
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