Gestion de portefeuille : interview de David Pastel - Pastel & Associés
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«L’implication des dirigeants, notamment au capital, est généralement une condition indispensable… »
Gestion de portefeuille : interview de David Pastel - Pastel & Associés
David Pastel, président -fondateur de Pastel & Associés, est le gérant du fonds Valeur Intrinsèque. Une méthodologie d’investissement originale lui permet, depuis plus de quinze ans, d’aligner des performances régulièrement positives.

Comment analysez-vous le rebond des marchés en 2012. Cette tendance peut-elle perdurer, en dépit d'un environnement économique toujours en partie morose ?

 

Il faut d'abord rappeler que les progressions enregistrées l'an dernier n'ont pas bénéficié à tous les marchés de manière uniforme. Si les Bourses américaines et émergentes se sont effectivement très fortement appréciées en 2012 et depuis le début 2013 le S&P500 est proche de ses plus hauts historiques - il en va différemment pour d'autres places boursières : le CAC 40, si l'on prend cet exemple, est encore très loin d'avoir annulé les fortes baisses subies ces dix dernières années. Mais le point essentiel est surtout que cette hausse s est faite de manière très hétérogène selon les valeurs. Si certaines sont actuellement très correctement valorisées, voire survalorisées, d'autres sont encore à des niveaux de cours très attractifs.
C'est d'ailleurs le cas de la plupart des valeurs que nous détenons en portefeuille. Je pense donc qu il existe encore un potentiel de valorisation des marchés, mais que les hausses à venir seront encore plus sélectives.
 
 

Un argument qui milite en faveur des gestionnaires de "stock-picking", comme Pastel & Associés... Mais que dire du mouvement de réallocation en faveur des actions qui semble se dessiner au niveau mondial ?

 

Les souscriptions nettes sur les produits actions, plus spécifiquement aux Etats-Unis, sont effectivement revenues à des niveaux élevés. Mais cette collecte est très loin de compenser les désinvestissements subis par cette classe d'actifs ces dernières années. Et personne ne sait si cette réallocation va se poursuivre au cours des prochains mois. J'ajouterais qu'il faut se méfier des arguments du type de celui qui circule depuis quelques temps : les actions seraient actuellement le seul placement à offrir un potentiel de rendement… Or, on ne choisit pas d'investir «par défaut », mais par conviction.

 

 

Parlons, précisément, de votre méthodologie d'investissement, fondée sur la valorisation "intrinsèque" des entreprises cotées. De quoi s'agit-il ?

 

Notre méthodologie d'investissement, élaborée depuis maintenant plus de quinze ans, vise à obtenir un retour sur investissement élevé à long terme avec, comme corollaire, une minimisation du risque de perte durable en capital.

Ce processus purement fondamental rendu possible grâce à une recherche interne totalement indépendante -nous conduit, dans un premier temps, à analyser en profondeur et sur plusieurs années les qualités spécifiques des entreprises. Nous nous attachons plus particulièrement à ce que les sociétés disposent de ce que nous appelons une marge de sécurité qualitative et quantitative : nous retenons en règle générale des entreprises ayant produit sur les cinq à sept dernières années des taux élevés de rentabilité, affichant des avantages concurrentiels significatifs et durables, et pilotées par des dirigeants expérimentés et intéressés à la performance à long terme du cours de Bourse.

J'ajoute que les business models doivent être relativement simples et cohérents dans le temps. Une fois cet univers d'investissement analysé, nous décidons d'investir sur tel ou tel titre dont les cours sont en général inférieurs à la valeur intrinsèque de l'entreprise, estimée à partir de sa capacité à générer de la trésorerie excédentaire.

 

 

Quelles sont les sociétés que vous privilégiez actuellement ?

 

Les titres que nous détenons actuellement sont entrés dans nos portefeuilles, dans la plupart des cas, depuis plusieurs années. Notre univers d'investissement, constitué au fil du temps, est relativement étroit : une centaine de valeurs environ. Cet univers s'accroît de deux à trois titres par an. En 2012, nous avons ajouté AIG -la compagnie d assurance américaine sauvée de la faillite en 2008 - et D/S Norden, un armateur danois.

Nos portefeuilles sont encore plus concentrés, puisqu ils ne contiennent qu'une vingtaine de titres. Parmi nos valeurs préférées, je citerais Leucadia National, une société d'investissement nord-américaine spécialisée, entre autres, dans la reprise d'entreprises en difficulté ; Premier Farnell, une société britannique leader mondial de la distribution directe de composants électroniques en quantité réduite ; Randstad, le numéro deux mondial du travail temporaire; ou Hays, l'un des principaux groupes mondiaux de recrutement spécialisé.

 

 

Une valeur française ?

 

Vicat, qui produit principalement du ciment, du béton et des granulats. La société est très implantée à l'étranger, notamment en Inde et dans d'autre pays émergents en très fort développement.


 

Vous appliquez ce processus d'investissement, vous l'avez dit, depuis plus de quinze ans. Vous permet-il de prendre des décisions toujours infaillibles ?

 

Nous commettons une ou deux erreurs par an. Soit parce que ce que nous avions anticipé ne se réalise pas dans le scenario imaginé. Soit parce que nous avions mal estimé certains facteurs de l entreprise. Il n y a pas de critère infaillible, mais l'expérience nous a appris que l'implication des dirigeants y compris et notamment au capital - est généralement une condition indispensable. Un proverbe canadien affirme que personne ne nettoie une voiture de location : nous nous méfions des managers technocratiques qui jumpent d une entreprise à l'autre pour «booster» leur carrière…

 

 

Les performances du fonds Valeurs Intrinsèques ?

 

Le fonds est en hausse de 10,1 % (1) depuis le début de l année. En 2012, il a progressé de 22,6 % contre 14,7 % pour l indice MSCI Word dividendes réinvestis, après avoir fortement chuté en 2011 (-17,4 %, contre -1,8 % pour l'indice MSCI). Depuis sa création, en 2001, le taux de rendement annualisé est de 6,3 % (1) contre 0,9 % pour l indice MSCI Word dividendes réinvestis.

 


Quel conseil donneriez-vous aux investisseurs individuels ?

 

Piloter en direct un portefeuille boursier impose la mise en œuvre d'une gestion de long terme, fondée sur une réflexion formelle, et une analyse approfondie des comptes des entreprises, de leurs stratégies, de leurs positions de marchés, du parcours de leurs dirigeants… Les actionnaires individuels doivent donc bien avoir conscience qu'il s'agit d'un véritable travail d'expert. Ceux qui ne sont pas prêt à cette implication quasi-quotidienne ont tout intérêt à déléguer la gestion de leurs placements à des gestionnaires stables et engagés…

 

Nom Valeur Intrinsèque  
Société de Gestion Pastel & Associés  
Date de création 06/06/2001  
Indice de référence MSCI Worl (EUR) dividendes réinvestis  
Allocation Sectorielle
Allocation Géographique Allocation par taille de capitalisation
Au 02/04/2013 Au 02/04/2013 Au 02/04/2013

 

 

Propos recueillis par Frédéric Tixier

 

(1) Performances au 28/03/2013