Financement des retraites : « il faut promouvoir une épargne longue investie en actions »
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Presse - Revue Banque
Financement des retraites : « il faut promouvoir une épargne longue investie en actions »
Pierre de Lauzun - Délégué général AMAFI - Alors que les premières concertations avec les partenaires sociaux ont commencé pour préparer la réforme des retraites, il serait bon d’élargir ​le débat, au-delà des seuls ajustements prévus sur la répartition, sur ​la nécessité d’un complément sous forme d’épargne longue investie en ​actions. Et d’ajuster la fiscalité en conséquence. L’État est en première ligne.

Quel état des lieux faites-vous de la préparation des Français à la retraite ?

 

Il existe déjà une épargne privée, très importante, en vue de la retraite, autre que la répartition, et qui prend deux formes : la première est l'immobilier avec l'achat de sa résidence principale. Posséder sa maison est une démarche rationnelle qui peut donner une certaine sécurité, mais les besoins au cours de la retraite ne sont pas toujours identiques à ceux de la vie active et la valeur de l'immobilier n'est pas aussi garantie que ce que l'on croit…

La seconde forme d'épargne est l'assurance vie. Mais celle-ci fonctionne surtout comme une épargne de précaution à moyen terme ; ce n'est pas une épargne retraite proprement dite, c'est-à-dire une source de revenus organisée sur le long terme. En outre, l'assurance vie est principalement investie en produits de taux.

En dehors de l'assurance vie, l'épargne financière des Français est principalement placée à court terme. Nous avons donc en France une physionomie complètement déformée par rapport à ce qui serait la logique et l'intérêt tant des épargnants que de l'économie, c'est-à-dire une épargne longue, investie à 20, 30 ou 50 ans et dans une proportion beaucoup plus élevée, en actions. Sur ce plan, comparée à d'autres pays, la France est dans une situation aberrante. Ce n'est pas là la bonne « exception française » !

 

 

 

Comment réorienter les placements des Français vers une épargne longue ?

 

Ce besoin pourrait être satisfait en agissant à deux niveaux. Le premier niveau, et le plus important, est celui de la fiscalité, décisive en matière de choix d'épargne ; or, à l'heure actuelle, de façon extrêmement irrationnelle, la fiscalité française favorise massivement des produits courts. Parallèlement, il faut aussi faire évoluer notre éducation collective et le rôle de l'État est tout aussi important en la matière. Probablement du fait d'une assez grande inconscience des contraintes qui pèsent sur la répartition et d'un optimisme exagéré sur les montants de leurs futures pensions, les particuliers n'épargnent pas assez et surtout ne pensent pas à la nécessité de constituer un revenu complémentaire. Il faut leur faire comprendre que leur intérêt personnel, mais aussi celui de l'économie, est d'investir sur des produits longs, sans pour autant que cela menace des outils auxquels ils sont attachés comme la retraite par répartition.


 

Quel peut être le rôle de l'État sur ce deuxième levier lié à l'"éducation" collective des Français?

 

Il faut aller au-delà du débat actuel autour de la répartition, qui se limite à des ajustements de curseurs sur le montant et la durée des cotisations, l'âge de la retraite ou le montant des prestations. En effet, ce débat se fonde sur l'idée implicite que moyennant un déplacement de ces curseurs, éventuellement pénibles, le système pourra grosso modo se rééquilibrer. Or, compte tenu de l'ampleur que prend le décalage, il faudrait procéder à des ajustements disproportionnés, avec malgré tout une baisse probable des prestations par rapport à un niveau actuel qui n'est déjà souvent pas très satisfaisant. Il faut mettre l'accent sur le complément à apporter à la répartition et chercher plus systématiquement des solutions dans ce sens.

L'autre idée à soutenir est que, sur le long terme, le meilleur investissement est en actions : il suit le rythme de l'économie, en mieux. Certains craignent les fluctuations des marchés, mais celles-ci sont totalement lissées sur une durée d'investissement de 30, 40 ou 50 ans qui est celle des fonds de pension. Quand on reproche aux marchés leur « court-termisme », c'est de ce point de vue un contresens, le marché étant le seul endroit où l'on trouve de l'argent vraiment long. D'autres estiment que l'investissement sera peu rentable en cas de difficultés économiques : mais si l'économie ne marche pas bien au point que la capitalisation ait des problèmes, la répartition en aura a fortiori également ! La capitalisation aurait alors au moins un avantage, celui de répartir le risque, car elle permet dans une certaine mesure de diversifier ses placements.

 

 

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