Films d'argent : un filon en or la bourse au cinéma
Créer votre espace | Mot de passe oublié ? Se connecter
 
La Bourse et le cinéma - Chronique de Valérie Boas
Films d’argent : un filon en or
Que vous soyez un investisseur avisé ou novice, l’argent vous intéresse. Si en plus vous êtes cinéphile, alors vous savez que l’argent passionne le 7e art depuis ses origines. Et pas seulement aux États-Unis, patrie du capitalisme et de Hollywood. Petit aide-mémoire pour ceux qui veulent voir ou revoir les meilleurs films sur l’argent.

Est-ce parce qu'on ne peut pas faire un film sans argent ? Ou parce que le cinéma porte en lui cette double nature, artistique et commerciale ? Quoi qu'il en soit, le thème de l'argent est indissociable de l'histoire même du cinéma. Dès le début du XXème siècle, le cinéma américain commence par associer la thématique de l'argent à celle de l'ascension sociale. En 1925, Charlie Chaplin signe avec « la Ruée vers l'or » son premier long-métrage américain. L'histoire d'un pauvre chercheur d'or qui fait fortune dans le grand Ouest canadien connaîtra un tel succès que Chaplin, jusqu'alors farouchement opposé au cinéma parlant, en sortira une version sonore en 1942.

 

A la même époque, l'un des plus grands films d'argent sort sur les écrans : Citizen Kane d'Orson Welles. Librement inspiré de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, mais aussi de celle de Welles lui-même, le film choquera par sa complexité et son caractère avant-gardiste. Apologie de la puissance de l'argent, mais aussi des illusions et compromissions qui l'entourent, le film ne trouva pas tout de suite sa place : à sa sortie, Citizen Kane a été abondamment hué, y compris aux Oscars. Après un four retentissant, ce n'est qu'à la fin des années 50 que ce film accède enfin à la reconnaissance, grâce à son succès international. Aujourd'hui, Citizen Kane est justement considéré à la fois comme l'un des meilleurs films de tous les temps et comme l'un des joyaux du patrimoine cinématographique américain.

 

 

Films d'argent à la française

Le cinéma français, à ses débuts, est beaucoup plus pudique envers l'argent que son homologue américain. Les questions financières y sont longtemps confinées aux films policiers ou bien elles passent au second plan dans les drames sociaux ou les histoires d'amour. Pourtant, à la fin des années 1970, à quelques mois d'intervalle, trois films français portent l'argent dans leur ADN et dans leur titre et fournissent un éclairage cru et précieux sur la France des trente glorieuses. « L'Argent de poche » de François Truffaut sort en 1976. Le cinéaste intimiste, revenu de la nouvelle vague, entouré de comédiens professionnels et d'adolescents, réussit le portrait quasi-documentaire de la France provinciale des classes moyennes. À Thiers, petite ville sans histoire, enfants et adultes mènent une vie banale, ponctuée de petits malheurs et de joies anodines. En filigrane, dans ce portrait en creux de la société française, le tabou de l'argent s'estompe à la faveur de l'insouciance que procure le confort matériel. Mais il en masque un autre, beaucoup plus grave : celui de la violence familiale et de la maltraitance.

 

Crise et morale

Deux ans plus tard, « l'Argent des autres » de Christian de Chalonge réunit une distribution prestigieuse (Jean-Louis Trintignant, Catherine Deneuve, Michel Serrault et Claude Brasseur, entre autres) et rafle le César du meilleur film, créé trois ans auparavant. Le film dérange, et appuie là où ça fait mal : alors que la crise s'installe en France, un cadre quadragénaire et bien sous tous rapports se fait licencier brutalement. Fondé de pouvoir dans une banque, il a autorisé l'établissement à prêter de l'argent à un homme d'affaires sans scrupules, qui va passer sans transition du pinacle au pilori. Satire sociale grinçante et portrait sans concessions d'une époque dans son rapport ambigu avec le succès, le film, tiré d'un roman lui-même inspiré d'une histoire vraie connaîtra à juste titre un succès public et critique. Succès que ne connaîtra pas, en 1982, le film de Robert Bresson sobrement intitulé « l'Argent », sorti en 1982. Antithèse de Citizen Kane, librement adapté d'une nouvelle de Tolstoï le film décrit la descente aux enfers vertigineuse qui mènera un homme honnête et sans fortune, injustement accusé de participer à un trafic de faux billets, vers la lie de la société, jusqu'au meurtre. Dernier film d'un cinéaste sincère et poétique, l'Argent a divisé la critique par son intransigeance. Il a laissé une trace indélébile dans le cinéma français car il met encore aujourd'hui la société en face de ses contradictions morales et de ses paradoxes matériels.

 

Comédie et drames, passion et transmission

Outre-Atlantique, dans la seconde moitié du vingtième siècle, tous les genres s'emparent de cette thématique. Woody Allen parodie les séries B à la Humphrey Bogart dans une comédie qui fait date, en 1969 : « Prends l'oseille et tire-toi ». Sergio Leone invente le western spaghetti avec « Pour une poignée de dollars » en 1974. Les films de gangsters s'en donnent à cœur joie. Parmi les plus réussis, « la Couleur de l'Argent » en 1986. Martin Scorsese y dirige Paul Newman en joueur de billard vieillissant prenant sous son aile un jeune joueur prometteur incarné par Tom Cruise. En lui enseignant les secrets de l'arnaque, le patriarche sans descendance met le doigt dans un mécanisme d'identification et de séduction, dont les héros en sortiront peut-être plus riches mais sûrement pas indemnes. Les années 80 sont celle de la réussite matérielle et sociale décomplexée. Les films américains s'en font l'écho avec des fables morales comme « Wall Street » d'Oliver Stone (1987) et « Working Girl » de Mike Nicholas (1988). Plus tard, en 1994, l'Amérique de Clinton doute. Clint Eastwood adapte le thème de l'argent au film de boxe. Pari risqué, mais réussi avec le très beau « Million Dollar Baby », conte réaliste qui évoque l'âpreté au gain, la recherche de la réussite et celle de la transmission.

 

L'argent d'ailleurs

Hors de France et d'Amérique, le cinéma parle aussi d'argent. En Argentine, par exemple, où une crise économique sans précédent manque de laminer la classe moyenne au tournant du siècle, le génial et regretté Fabian Bielinsky réalise en 2000 « Les neuf reines » une comédie ultra-virtuose peuplée d'escrocs cupides à la petite semaine. Plus au Nord, venu de Suède, en 2011, le troublant « Easy Money » de Daniel Espinosa nous plonge dans les entrailles d'un Stockholm sombre où l'opulence bien-pensante sociodémocrate coexiste avec la misère morale et matérielle des bas-fonds. Et côté films d'argent, l'Asie n'est pas en reste : acclamé au festival de Cannes, « L'Ivresse de l'Argent » du coréen Im Sang-soo a choqué en proposant une relecture violente des rapports de classe gangrénés par l'argent au pays du matin calme. Le film sortira en France début 2013. Comme l'amour, le thème de l'argent a inspiré les cinéastes sous toutes les latitudes et fait naître des films de tous les genres. Peut-être parce que, qui que l'on soit, où que l'on vive, que l'on en ait ou pas, l'argent peut changer notre vie. Et le (bon) cinéma aussi.

 

Un siècle de films d'argent à voir ou à revoir                                                                          

  • La Ruée vers l'or, Charles Chaplin, États-Unis, 1925
  • Citizen Kane, Orson Welles, États-Unis ,1941
  • Prends l'oseille et tire-toi, Woody Allen, États-Unis ,1969
  • Pour une poignée de dollars, Sergio Leone, États-Unis-Italie, 1974
  • L'Argent de poche, François Truffaut, France, 1976
  • L'Argent des autres, Christian de Chalonge, France, 1978
  • L'Argent, Robert Bresson, France, 1982
  • La Couleur de l'argent, Martin Scorsese, États-Unis, 1986
  • Wall Street, Oliver Stone, États-Unis, 986
  • Working Girl, Mike Nichols, États-Unis, 1987
  • Million dollar baby, Clint Eastwood, 1994
  • Les neuf reines, Fabian Bielinsky, Argentine, 2000
  • Easy Money, Daniel Espinosa, Suède, 2010
  • L'Ivresse de l'argent, Im Sang-soo, Corée du Sud, 2012

 

 

 

 
Mots clés
50 ans anniversaire WFI WFYI ACPR ACTIONS AMF ANALYSE FINANCIERE ASSEMBLEE GENERALE Actualités BANQUE DE FRANCE CAC 40 CAC40 CLIFF CLUB INVESTISSEMENT COMMUNIQUE DE PRESSE CROWDFUNDING CULTURE DEVELOPPEMENT DURABLE DIVIDENDES EDF ENTERNEXT EPARGNE EQUIPE ESG ESMA EUROPE FISCALITE Formation François Fillon GESTION DE PORTEFEUILLE GRAND EMPRUNT GRAPHIQUE Grands Prix HYDRAULIQUE INTERNET INTERVIEW INVESTIR ISF ISR Inform@ctions Magazine Ministre des Finances NEXT20 NON COTE OAT OBLIGATIONS OCF OPA OPR PEA PEA PME PME PORTEFEUILLE POUVOIR Partenaire Presse Pédagogie REDACTION Rendez-vous Réunions d'actionnaires SUEZ ENVIRONNEMENT VALEURS MOYENNES VIVENDI WebTV Webzine actionnaire actionnaires actionnaires individuels analyse technique bonus bourse business angel certificat cinema clubiste finance guide investissement investisseur laskine lexique boursier opcvm partenaires presse financière produits derives quizz boursier retraite sociétés cotées économie