Le déclin de l?actionnariat individuel n?est pas inexorable
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Dossier réalisé par Christophe Tricaud
Le déclin de l’actionnariat individuel n’est pas inexorable
Les études se suivent et s’accordent pour montrer un fort recul de l’actionnariat individuel en France. De 7,1 millions il y a dix ans – un record historique -, le nombre d’actionnaires personnes physiques serait retombé à 4,2 millions, dont une baisse record de 2,3 millions depuis fin 2008. Mais cette tendance n’est pas nécessairement inéluctable. L’actionnariat salarié a déjà en partie pris le relais. Et une amélioration de la météo boursière et une stabilisation de la fiscalité pourraient suffire à inverser la vapeur… Perspectives.
Tous les boursiers gardent en mémoire la tautologie énoncée par Edouard Balladur, alors ministre de l'Economie et des Finances, lorsque  survint le krach de 1987, en pleine privatisation de la Compagnie financière de Suez : « Tant que l'on n'a pas vendu, on n'a pas perdu ». Vingt-cinq ans plus tard, c'est une autre problématique qui s'impose aux actionnaires individuels, du moins pour ceux qui restent : quel est l'avenir de cette catégorie d'investisseurs ? Car des milliers de Français qui sont « venus à la Bourse » lors des grandes vagues de privatisation, peu sont encore aujourd'hui présents sur le marché. Pour parodier cet ancien ministre, on pourrait oser un autre aphorisme : « ils ont vendu, on les a perdu »… Plus sérieusement, le dernier baromètre TNS Sofres  réalisé pour la Banque Postale et Les Echos, publié le 5 juin, atteste que la France a perdu plus de deux millions d'actionnaires en trois ans. On ne compterait aujourd'hui plus que 4,1 millions d'actionnaires individuels. Très loin du record historique des 7,2 millions d'actionnaires individuels dénombrés en 2003 ! Question : cette tendance est-elle inéluctable ?
 
Un appétit boursier historiquement bas
Cette baisse – impressionnante - ne constitue pas réellement une rupture. Certes, le phénomène de désamour des Français et de la Bourse s'est accéléré depuis la crise des « subprime » et la chute de Lehman Brothers. Mais, historiquement, les épargnants hexagonaux ont toujours peu participé à la demande d'actions françaises. En 2010, l'observatoire IEM Finance constatait qu'ils étaient généralement vendeurs nets d'actions cotées au cours des vingt dernières années. Cela ne signifie pas pour autant que les ménages se sont tenus à l'écart de la Bourse. Depuis vingt-cinq ans, on a en effet assisté à la montée en puissance de la gestion collective, que ce soit par l'achat d'OPCVM ou la souscription de contrats d'assurance-vie en unités de compte, qui a fait de l'industrie française de la gestion la première d'Europe avec des encours gérés de près de 1 000 milliards d'euros. Une tendance qui s'est inversée à partir de 2008, les flux devenant négatifs tant pour les investissements directs qu'indirects en actions cotées. Le portefeuille d'actions cotées détenu par les particuliers atteignait alors 100 milliards d'euros. On ne dispose pas d'évaluations plus récentes, mais il est plus que certain que la poursuite des ventes et, surtout, le reflux des indices ont largement entamé ce capital.
 
Les turbulences sur les marchés obligataires et actions expliquent le peu d'enthousiasme des particuliers pour les actifs risqués.
 
Faible poids des actionnaires individuels, montée en puissance de l'actionnariat salarié
Le retrait de la part de l'épargne des ménages investie en actions cotées n'est pas propre à la France ; on le constate aussi en Amérique du nord, dans toute l'Europe et au Japon. Toutefois, IEM Finance notait, en 2008, que le faible poids relatif des actionnaires individuels est un phénomène nouveau : leur part de la capitalisation boursière n'est plus selon cet observatoire que de 7 %, contre 29,5 % en 1977, et encore 26,2 % en 1990[1]… On observe en corolaire à cette moindre participation des ménages dans le capital des sociétés que le poids des actions cotées détenues en direct par les ménages  ne pèse que 4,9 % de leur patrimoine financier en 2010, selon la Banque de France. En fait, la seule lueur d'espoir pour ceux qui croient à la rencontre de la Bourse et des Français est alimentée par l'épargne salariale. Le nombre d'actionnaires salariés, selon la FAS (Fédération des actionnaires salariés) a triplé depuis 2001 pour s'inscrire à 3,5 millions, soit à peine moins que le nombre d'actionnaires individuels… Les chantres de ce type d'actionnariat se réjouissent car, selon eux, il maintient le lien direct des Français avec la détention du capital de nos entreprises.
 
 En dix ans, la part des actions dans le patrimoine des ménages français est passée de 8,7 % à 4,9 % alors même que la valeur de ce patrimoine s'appréciait de quelque 1 300 milliards.
 
 
L'impact des krachs boursiers et matraquage fiscal
Mais la baisse du nombre d'actionnaires individuels a été de pair avec la montée de l'aversion au risque. Comment ne pas être sensible aux deux krachs qui ont ébranlé la planète finance au cours de la dernière décennie ? La part de l'investissement en produits financiers risqués a été progressivement ramenée à zéro jusqu'en 2009. L'an dernier, même l'assurance-vie a connu plusieurs mois de retraits nets à partir de l'automne… Les Français plébiscitent  les livrets bancaires, à commencer par le fameux livret A que les plus aisés remplissent jusqu'au plafond  malgré une rémunération à peine supérieure à l'inflation. Les plus craintifs ont acheté de l'or. L'immobilier résidentiel, toujours soutenus par des mesures fiscales attrayantes, tire son épingle du jeu malgré la bulle que nombre d'observateurs dénoncent. Parmi les placements intermédiés, seules les sociétés civiles de placements (SCPI) ont sensiblement accru leurs encours (près de 25 milliards d'euros) au terme d'une collecte record de 2,5 milliards en 2011.
La météo boursière n'est pas seule en cause. Les actionnaires ont parfois l'impression d'être trait comme des vaches à lait. Pierre-Cyrille Hautcoeur, directeur d'études à l'EHESS, économiste et historien, a beau estimer que « la pression fiscale sur les placements boursiers est aujourd'hui  plus faible que ce qu'elle était par le passé », son raisonnement vaut sans doute pour ceux qui interviennent en Bourse dans le cadre d'un Plan d'épargne en actions. Pour les autres, la réalité semble moins rose… Depuis cinq ans, les prélèvements sociaux sur l'épargne se sont accrus de 3,4 points, passant de 12,1 % à 15,5 %. Ils s'ajoutent à une fiscalité qui a porté le niveau du prélèvement libératoire de 16 % à 24 % sur la même période (21 % pour les dividendes). Ainsi, un placement qui supportait 16 % de prélèvement libératoire plus 12,1 % de prélèvements sociaux en 2007 (soit 28,1 % d'imposition) en subit aujourd'hui 39 % : 11 points de hausse en cinq ans… Du jamais vu dans toute l'histoire de la fiscalité du patrimoine. Une stabilisation serait donc la bienvenue.
 
Les conditions d'un redémarrage de l'actionnariat individuel en France
  •  Le soutien des banques, qui passe par une formation adaptée de leurs personnels
  • Une stabilisation de la fiscalité boursière
  • Une meilleure prise en charge de l'entreprise de marché Nyse-Euronext
  • Une moralisation des rémunérations des dirigeants
  • Une initiative des pouvoirs publics qui redonne un nouveau souffle au plan d'épargne en actions et à l'épargne longue
  • Une amélioration de la météo boursière
  • La poursuite des efforts des entreprises cotées à l'égard de l'actionnariat individuel
  • La formation des épargnants aux arcanes de la Bourse
 
 
Les raison d'espérer
Car, dans cette période difficile où elles constatent la fermeture du robinet des prêts bancaires, les sociétés françaises ont plus que jamais besoin de trouver des financements – et des actionnaires - en Bourse. Or, une étude, réalisée par IEM Finance, à l'initiative de l'institut Pro-actions, mettait en évidence, dès avril 2010, le déficit à moyen terme né du déséquilibre entre l'offre d'actions émanant des entreprises à la recherche de capitaux et la demande en provenance des investisseurs. Ses auteurs chiffraient ce déséquilibre à 240 milliards d'euros. Il pourrait même atteindre, selon Didier Davydoff qui les a dirigé, plus de 360  milliards en raison des nouvelles exigences du référentiel comptable dit de Bâle III contraignant les banques à encore accroître le niveau de leurs fonds propres.
Faut-il alors se résoudre à voir le Qatar et quelques autres fonds souverains devenir les premiers actionnaires des groupes de l'Hexagone ? Pas forcément ! Outre la montée en puissance de l'actionnariat salarié, qui semble moins touché par la crise que l'actionnariat direct, il est bon de se rappeler que la tendance n'est pas linéaire. Lorsque les lois de privatisations relancent, à partir de 1986, « l'actionnariat populaire », elles interviennent alors qu'un rebond, faisant suite à plusieurs années de déclin, se dessine déjà. On oublie trop vite qu'il n'y avait plus que 1,3 million d'actionnaires en 1978 (estimation COB), conséquence de 25 années de contreperformances des actions en partie masquées par une forte inflation.
 
La décennie perdue (2002-2012) de l'indice CAC a au moins le mérite d'avoir ramené les ratios de valorisation des actions françaises nettement sous leur moyenne historique. Cela ne signifie pas forcément que les mois à venir vont permettre à l'indice phare de la Bourse de Paris de regagner du terrain, mais cela suffit à démonter un réel potentiel de hausse. Si, une fois la confiance revenue, il devait durablement se concrétioser, cela suffirait certainement à enrayer le déclin de l‘actionnariat individuel et, qui sait, peut-être à le relancer…
 
 

[1] Selon l'Office for National Statistics, 13 % des actions britanniques étaient détenues en direct par des particuliers en 2006 contre 54 % en 1963.
 
 
L'actionnaire individuel, un véritable associé de l'entreprise
 
Avec ses 410 000 actionnaires individuels (37 % du capital), Air liquide fait toujours figure d'exemple en la matière. Contre vents et marées, le producteur de gaz apporte la preuve que quand une société cotée s'en donne les moyens – notamment en offrant un dividende majorée au bout de deux années d'inscription en compte nominatif -, elle est récompensée par cet actionnariat fidèle. Ce qui vaut pour les grands groupes peut aussi s'appliquer aux sociétés de plus petite taille. Preuve en est : le producteur distributeur d'articles de robinetterie Thermador (capitalisation boursière de 277 millions d'euros) affiche 5 000 actionnaires individuels (41,2 % de son capital). Mieux encore, la société foncière de la Tour Eiffel qui  compte 7 000 actionnaires pour une capitalisation boursière de 242 millions d'euros…
 
Car l'actionnariat individuel ne doit rien au hasard. Il sonne comme les dividendes d'une politique de long terme de respect à leur égard, au-delà de la performance de quelques mois de l'action en Bourse. Un récent sondage du Revenu met d'ailleurs en évidence les exigences des actionnaires individuels sur l'information qui leur est délivrée. Plus de la moitié (50,5 %) se disent satisfait de l'information des sociétés qu'ils détiennent en portefeuille, alors même que ces particuliers se plaignent majoritairement des difficultés ressenties pour trouver des informations sur les valeurs moyennes. Une critique qui tient en grande part à l'origine géographique des actionnaires. Selon un livre blanc publié en 2009, ils résident à 30 % en Ile-de-France, une région qui est d'ailleurs souvent bien mieux représentée au sein de certains grands groupes. A l'opposé, les actionnaires de province se sentent souvent plus à l'aise dans les PME de leurs régions. Une opposition que l'on retrouve aussi entre actionnaires de genre différent. Si le secteur industriel a la faveur des hommes (3/4 des actionnaires), les femmes privilégient les banques et les compagnies d'assurances…
 
Ces sensibilités différentes reflètent tout ce que l'actionnariat direct offre aux entreprises. C'est l'affectio societatis, une volonté de s'associer à l'entreprise dans laquelle on investit son épargne … que l'on ne ressent pas lors de l'achat d'une part d'OPCVM. Un engagement fort utile aux sociétés en cas d'OPA hostile ou tout simplement d'augmentation de capital.
 
Certes, cette implication a un coût, notamment en matière d'outils et de transparence d'information. Mais, tout compte fait, c'est une vraie richesse pour les entreprises qui se sont engagées dans cette voie.
 
 
Le déclin est général en Europe
 
Tempête boursière à répétition, financiarisation excessive des entreprises et des produits d'épargne, concurrence des autres formes d'épargne, l'actionnariat direct est en repli dans tous les pays développés. La fédération européenne des Bourses (FESE) estimait dans sa dernière étude publiée il y a quatre ans déjà - mais la tendance ne s'est pas inversée depuis, bien au contraire - que les investisseurs individuels ne détenaient alors que 14 % de la valeur des marchés des entreprises cotées. Contre 19% en 1999… Et le déclin est général. Il n'épargne pas plus le Royaume-Uni, où la culture actionnariale est forte, que l'Allemagne, où l'actionnariat direct a toujours été faible, plus encore qu'en France. Seuls, l'Italie, le Danemark, la Belgique et la Pologne progressent. Et si la part des Français tangente les 7 %, elle était encore de 13,4 % en 1996. La France scelle donc son appartenance au club des sept pays européens dont les actionnaires individuels pèsent moins de 10 % de la capitalisation boursière.
 

 

 
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