Interview d'Alexandre Loussert - Président de l'association regroupementPPlocal
 
Agir ensemble pour les actionnaires individuels
Interview d’Alexandre Loussert - Président de l’association regroupementPPlocal
Alexandre Loussert - Président de l’association regroupementPPlocal, association de défense des actionnaires individuels répond aux question de la Fédération.

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Alexandre Loussert, 36 ans, est président de l'Association Regroupementpplocal

 

Pensez-vous qu'il y ait un manque de défense des actionnaires individuels et pourquoi ? 

In fine, assez peu de structures ont une vocation généraliste à défendre les intérêts des actionnaires individuels qui ne peuvent que difficilement intervenir seuls pour faire valoir leurs droits, notamment pour intenter, le cas échéant, des actions en justice où les frais de recours sont importants, ce qui limite les possibilités d'agir ou encore d'interpeller les instances politiques, financières et réglementaires. L'intérêt de se regrouper dans une action commune est réel, le regroupement leur apporte une plus grande force de frappe, car comme dit l'adage : l'union fait la force. Dans ce cadre, RegroupementPPlocal (PPlocal) a pour objet d'assurer cette défense et faire valoir les intérêts et les droits des actionnaires individuels.

Pourquoi avoir choisi de créer l'association regroupementPPlocal ? 

Notre mouvement est né sur le forum Solocal de Boursorama, l'un des plus actifs de la plateforme. Afin d'assurer et d'améliorer nos intérêts et nos droits dans ce dossier, RegroupementPPlocal a été créé en avril 2016 afin de parvenir à modifier favorablement le plan de restructuration financière, la communication, ainsi que la gouvernance. Puis en mars 2017, le bureau a pris la décision d'élargir l'objet social de l'association afin de plus largement participer à la protection des droits des actionnaires minoritaires en France. 

Quels sont les dossiers dans lesquels votre association s'est illustrée et quels ont été les résultats de vos actions ? 

L'association qui a été créée il y a un peu plus d'un an s'est illustrée dans 2 dossiers. Le premier SoLocal Group, qui est un cas d'école depuis, où nous sommes intervenus à maintes reprises auprès de la société, des autorités réglementaire (AMF), des politiques via des campagnes de mailing, dans les médias, ainsi que devant les autorités judiciaires. 

 

In fine, RegroupementPPlocal a amendé favorablement pour les actionnaires à 2 reprises le plan de restructuration financière du 1er août 2016. Dans un premier temps, juste avant l'assemblée générale, l'association était parvenue à négocier les bons de souscription d'actions (BSA) à 1,50 euro sur 2 ans pour les actionnaires en l'octroi d'une action gratuite pour une détenue, nous avions cependant estimé que ce n'était suffisant. Alors, nous avons repoussé le plan présenté lors de l'assemblée générale du 19 octobre 2016. Puis, après ce refus, dans un deuxième temps, nous avons été pleinement partie prenante des nouvelles négociations qui ont été engagées. Elles ont permis d'aboutir à un nouveau plan plus favorable aux actionnaires, qui fut voté lors de l'AGE du 15 décembre, à savoir : trois actions gratuites pour deux détenues au lieu de zéro initialement, une disparition des BSA (0 contre 200 millions de BSA dans le 1er plan), une quasi-disparition des MCD (Mandatory Convertible Bonds), un remboursement de la dette résiduelle à tout moment sans pénalité et une amélioration de la gouvernance. 

 

L'action qui a pu être accomplie par les « petits porteurs » sur SoLocal Group et ceci grâce à l'action des membres de PPlocal a été perçue comme historique par beaucoup d'intervenants extérieures. Je remercie d'ailleurs toutes les personnes ayant contribué à ce résultat. 

Enfin, plus récemment, nous avons agi sur le projet de fusion Safran / Zodiac, en envoyant une lettre aux actionnaires de Safran et en communiquant vers la presse pour alerter sur les modalités du rapprochement, du respect des règles de gouvernance, ainsi que sur les risques de gestion des conflits d'intérêts. Tous les éléments que nous avions soulevé ont trouvé un écho favorable dans la nouvelle offre modifiée entre Safran et Zodiac. 


Pensez-vous que les actionnaires individuels Français soient bien défendus ? 

Une nouvelle fois, un actionnaire individuel aura beaucoup de mal à défendre seul ses droits. Le but des associations est donc de permettre aux actionnaires individuels ayant des intérêts identiques, de se regrouper pour faire valoir plus facilement leurs droits. Il est important de rappeler que, comme l'exige la réglementation, l'information doit être exacte, précise et sincère. Un bon investissement dépend en grande partie du droit et de la qualité de l'information obtenue. Elles est à l'origine du bien fondé de toutes les décisions de l'actionnaire. C'est à l'AMF de veiller à ce que cela soit effectivement le cas. 

Regrettez-vous qu'il n'y ait pas de class action en France ? 
Non. Le droit des sociétés offre des outils puissants et efficaces à ceux qui veulent bien les reconnaître et en faire un usage pertinent. RegroupementPPlocal a démontré qu'il est possible d'intervenir de manière efficace et organisée grâce à un forum boursier et à la mise en place d'une plateforme internet et ceci, malgré l'absence d'une class action à la Française. 


Par ailleurs, je me réjouis que l'action de notre regroupement soit un exemple duplicable et dupliqué, et à ce titre j'ai été sollicité par quelques associations comme sur les dossiers Sequana ou encore CGG que j'ai aidé confraternellement dans leurs actions….


 

Votre statut d'administrateur indépendant vous permet-il de mieux représenter les actionnaires individuels ? 

Cela me permet, effectivement, de mieux représenter la sensibilité des actionnaires individuels. Étant moi-même actionnaire de SoLocal Group depuis 2010 et ayant reçu comme président de RegroupementPPlocal des milliers de mails et des centaines d'appels, je pense exprimer les attentes et les points de vue des actionnaires individuels au sein du conseil d'administration, en défendant aussi, bien évidemment, l'intérêt social de notre société. 

Il faut défendre l'idée de conseils d'administrations représentants toutes les parties prenantes de l'entreprise.

 

Comment pourrait-on mieux représenter les actionnaires individuels et à partir de quel pourcentage d'actionnariat individuel faudrait-il un représentant des actionnaires individuels ? 

En France, à l'heure actuelle, il n'existe pas de principe de représentation de catégories d'actionnaires. Cependant, tous les administrateurs se doivent d'agir en toutes circonstances dans l'intérêt social de l'entreprise et donc de l'ensemble des actionnaires. 

Ceci étant dit, la représentation des salariés au Conseil d'administration est requise par la loi, de même que celle des actionnaires salariés (PEG) dès lors que l'actionnariat salarié représente plus de 3 % du capital. 

 

Certes théoriquement on pourrait alors, de la même manière, établir qu'au dessus d'un certain pourcentage de la capitalisation, il puisse y avoir un représentant de cette frange de l'actionnariat au sein d'un conseil d'administration ; qu'il serait même pertinent de mettre en place ce processus au delà d'un certain seuil en capital ou en droits de vote. Je pense que cela serait de nature à améliorer la qualité des délibérations et répondrait à une attente forte des actionnaires individuels. 

Cependant, un grand nombre d'administrateurs sont actionnaires avec un petit nombre, presque symbolique, d'actions. Par essence, l'actionnaire individuel qui investit ses économies n'est donc pas représenté. Il est donc important que l'administrateur indépendant choisi soit à ce poste pour ses compétences, son expérience, sa disponibilité, ainsi que son intégrité.

 

 

Que pensez-vous de l'activisme actionnarial ? 

Préalablement, Il convient de différencier les types d'activisme actionnarial, entre les agences de conseils en vote, les Hedge funds et les associations d'actionnaires individuels ou minoritaires, qui ont des moyens financiers, des objectifs, et des méthodes bien différentes, à savoir : 

 

  • Les fonds spéculatifs (Hedge funds) généralement anglo-saxons comme Carl Icahn, Eliott Management, Third point, TCI etc… ont par définition les moyens de leurs ambitions pour parvenir à leurs fins. Le but étant d'obtenir des changements significatifs dans la stratégie et ceci quitte à employer la force. 
  • Les agences en conseils de vote ou proxy advisors, qui offrent des services en recommandations de vote et en matière de gouvernance d'entreprise. On retrouve Ies leaders ISS et Glass Lewis, ou encore en France, Proxinvest. Ces agences émettent des recommandations de vote sur les résolutions proposées par les sociétés cotées. Dans le cadre de l'application de la loi « Sapin 2 », rendant contraignant le « Say on Pay », le rôle des agences a encore gagné en importance. Aussi, la complexification des enjeux stratégiques et financiers débattus lors des assemblées générales devrait accentuer le recours aux proxy advisors. 
  •  Les associations d'actionnaires individuels peuvent être de 2 types. Des associations à caractère d'interventionnisme généraliste comme par exemple PPlocal ; et des associations qui ont pour but de faire ce travail mais uniquement sur une société donnée comme l'ASAMIS sur Sequana. Elles interviennent en agissant en justice, en alertant les pouvoirs publiques, les médias, ainsi qu'en assemblée générale, lieu de la démocratie actionnariale…. Les actionnaires individuels ont pris conscience qu'au delà du simple investissement, leurs actions communes et coordonnées leur donnaient la possibilité d'infléchir les orientations de la société.

 

Les pratiques de gouvernances défaillantes, la non-prise en compte par la société de signaux récurrents faisant état du mécontentement des actionnaires (en l'occurence de votes négatifs en assemblée générale, particulièrement sur la rémunération des dirigeants), le manque de dialogue avec les actionnaires, le manque de personnalités compétentes et l'absence de représentation de la sensibilité des conseils d'administration à la question de l'actionnariat pouvant être de nature à favoriser une résolution déposée par un activiste. Dernièrement, le paradigme a considérablement changé. J'ai pu en faire la constatation dans le dossier SoLocal Group où les investisseurs institutionnels, voyant le sérieux de notre travail et de nos arguments, ont dans la très grande majorité des cas échangé avec nous suite à nos prises de contacts, et ont parfois été même proactifs en prenant l'initiative de nous contacter et d'agir conjointement avec PPlocal. 


 

Que pensez-vous de la situation des actionnaires individuels en France ? 

La situation de l'actionnariat individuel en France se dégrade continuellement depuis des années alors que c'est un enjeu majeur pour le dynamisme de notre croissance ; car son investissement participe au financement des entreprises et donc, au développement de notre économie. Or, la baisse de l'actionnariat individuel ne ralentit pas. Elle est ainsi passée de 6,5 millions en 2008 à 3 millions en 2016, alors même que ce sont les actionnaires qui privilégient le long terme avec 42 mois de détention en moyenne contre 18 pour un investisseur institutionnel français et 6 pour un investisseur institutionnel étranger, et qu'ils s'intéressent à la prospérité à long terme des sociétés et qu'ils ont bien souvent un attachement à celles-ci. 

 

Cela est dû à un effet de découragement lié à une instabilité législative, à une fiscalité en constante augmentation (par exemple, sur les 15 dernières années, le poids des prélèvements sociaux a été multiplié par 13 sur les dividendes de 1,1 % à 15,50 %), à une méconnaissance de l'investissement en actions, ainsi qu'à une perception globalement négative de l'actionnaire dans notre pays, et enfin à une aversion au risque suite aux crises boursières à répétition. 

 

 

Quels moyens pourrait-on mettre en œuvre pour développer l'actionnariat individuel en France ? 

Les investisseurs ont besoin d'une fiscalité stable, claire et incitative; d'un cadre technique accessible et compréhensible, ainsi que d'une réglementation cohérente, constante et juste. Nous devons aussi populariser la compréhension des facteurs économiques dès l'école pour que les jeunes français perçoivent que la finance irrigue l'ensemble de l'économie ; c'est une action à développer sur le long terme. Favoriser également la formations pour les adultes, afin de leur permettre d'améliorer leurs notions financières. Enfin, une des demandes particulières des « petits porteurs », que je partage pleinement, est que comme l'exige la réglementation en vigueur, l'AMF veille scrupuleusement à ce que l'information diffusée auprès du public soit cohérente, complète et parfaitement compréhensible et qu'elle surveille attentivement les opérations concernant les divers instruments financiers ; car à tort ou à raison il y a souvent chez une partie des actionnaires individuels un sentiment d'iniquité sur les marchés. 

 

 

Où vous contacter ?
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3 possibilités :

Je précise que l'adhésion à l'association est gratuite. 

 

 

Propos recueillis le 19 juillet 2017

 

 
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